dimanche 8 février 2026

Épisode 13 – Retour aux fondamentaux pour retrouver le flow

 


Cette semaine, le groupe était plus nombreux… et cela a changé la dynamique du cours.
Certain·es élèves ayant testé les sticks la semaine précédente se sont pris·es au jeu, entraînant dans leur sillage quatre nouvelles recrues : trois garçons et une fille. Résultat : passage de 8 à 12 élèves, et une évidence pédagogique qui s’impose d’elle-même — retour en arrière indispensable.

Avant d’aller plus loin, il fallait reconstruire une base commune solide pour que tout le monde puisse travailler ensemble, sans confusion ni frustration.


Reprise des bases : angles et coordination

Le cours a donc repris sur les angles 1 et 2, d’abord en solo, puis avec partenaire.
L’objectif : retrouver des trajectoires propres, une posture stable et un rythme commun.

Deux types de frappes ont été travaillés :

  • Frappes traversantes

  • Frappes rebondissantes, appelées en Arnis redondo

Cette alternance permet de développer à la fois la continuité du mouvement et la capacité à changer d’intention dans la frappe.


Ouverture sur les angles 6 et 7

Les angles 6 et 7 ont ensuite été intégrés, également en miroir avec le partenaire.

Un drill progressif a été mis en place :

  • Enchaînement 1 – 2 – 6 – 7 en frappes traversantes

  • Puis introduction des frappes rebondissantes :

    • Angle 1 rebondit puis traverse

    • Angles 2 – 6 – 7 traversants

    • Puis variations : 1–2 rebondissent puis traversent, 6–7 traversent

À chaque cycle, une frappe rebondissante supplémentaire est ajoutée, avant de décompter les frappes :

  • par 1

  • puis par 2

  • puis par 3

  • puis par 4

On revient ensuite à quatre frappes traversantes, le partenaire travaillant en miroir, renforçant coordination et écoute.


Blocages et recherche du flow

Une fois les bases posées, place au travail de défense :

  • Angle 1 → roof block → réponse angle 1,
    puis le partenaire enchaîne à son tour.
    L’objectif ici est clair : chercher le flow, pas la vitesse.

Enfin, la séance s’est conclue par une séquence plus technique :

  • Angle 1

  • Classic block

  • Check par-dessus

  • Passage du punyo par-dessous pour une clé de pouce

     


samedi 7 février 2026

Douleur, démonstrations spectaculaires et conditionnement

 

 

Ce qu’on voit, ce qui marche, et pour qui

Si on traîne un peu sur internet ou dans certains cercles martiaux, on tombe vite sur les mêmes images : des types qui encaissent des coups monstrueux dans les parties, d’autres qui brisent des barres d’acier avec l'abdomen, ou des pratiquants de Silat dont la peau semble ignorer le tranchant d'une lame. Impressionnant, parfois dérangeant, ce spectacle est souvent présenté comme la preuve ultime d’un corps « conditionné ». Mais que montrent réellement ces images ?

Ce que l'image dit… et ce qu'elle cache

La première chose à comprendre, c’est que voir quelqu’un encaisser ou briser un objet ne nous dit rien sur le processus qui le lui permet. Plusieurs facteurs invisibles entrent en jeu : préparation mentale, contrôle respiratoire, timing précis, ou encore alignement postural. Parfois, il s’agit même d’une démonstration soigneusement mise en scène.

Ce qu’on voit à l’écran, c’est le résultat, jamais les dégâts éventuels à long terme. Surtout, ces images entretiennent une confusion dangereuse : résister à la douleur ne signifie pas être protégé des dommages.

La douleur : un signal neurologique modulable

D’un point de vue scientifique, la douleur n’est pas un capteur objectif de dégâts physiques. C’est un signal interprété par le système nerveux, influencé par l’attention, l’émotion, le contexte et l’expérience passée. C’est pour cette raison qu’un coup attendu "fait" souvent moins mal qu’un coup surprise, ou qu’un athlète blessé peut continuer à agir dans le feu de l’action.

Le conditionnement joue précisément sur ce levier : il modifie la réponse du système nerveux au stimulus par un phénomène de neuroplasticité, mais il ne change pas la nature physique du choc lui-même.

Le vrai rôle du conditionnement : ne plus paniquer

Dans une approche sobre et fonctionnelle, le conditionnement sert avant tout à réduire la réaction réflexe face à l’impact. Le but est d’éviter la crispation immédiate pour maintenir sa posture, sa garde et son intention malgré le choc.

On n’entraîne pas le corps à « ne plus sentir », on l’entraîne à rester acteur de la situation.

L'exposition contrôlée améliore la gestion du stress et l’habituation sensorielle, mais elle ne fabrique pas d’invulnérabilité. On apprend au cerveau à ne plus classer l'impact comme une "menace mortelle", permettant de rester lucide là où d'autres sombreraient dans la panique.

Entre tradition et illusion : le cas des Debus

Dans le Pencak Silat, cette recherche atteint son paroxysme avec les pratiques de Debus. Ces démonstrations d’invulnérabilité — lames qui ne coupent pas, corps qui résistent au feu — se situent à la croisée des chemins :

  • La réalité psychophysiologique : Une concentration extrême permettant de modifier la perception sensorielle et de limiter les réactions inflammatoires.

  • L'aspect culturel et spirituel : Ces rituels visent souvent à démontrer une force intérieure ou une protection particulière (Divine?).

  • Le spectacle : Il arrive aussi que la crédulité soit sollicitée par des artifices (angles de coupe, préparation de la peau), transformant la prouesse martiale en pur divertissement.

La Transe et l'état d'Amok

Plus profond encore est l'état d'Amok. Cette transe guerrière, historiquement ancrée dans le monde malais, illustre ce que le mental peut imposer au physique. Porté par une forme de certitude intérieure — parfois vécue comme une protection divine ou une déconnexion du "soi" — le pratiquant devient capable d'ignorer des blessures qui stopperaient n'importe quel être humain.

C'est le stade ultime de la modulation de la douleur : le système nerveux est si saturé par l'intention et la transe que le signal d'alarme du corps est totalement court-circuité. Mais attention : si l'esprit ne sent plus la blessure, le corps, lui, continue de la subir.

L’illusion de l’endurcissement et ses risques

Le danger survient quand on recherche volontairement le traumatisme physique pour "durcir" la structure. Créer des micro-lésions répétées pour provoquer un tissu cicatriciel est biologiquement risqué. Le tissu cicatriciel est moins élastique, moins bien irrigué et souvent plus fragile sous certaines contraintes.

Le corps s’adapte, certes, mais il s’use aussi. La capacité d'encaissement d'aujourd'hui ne dit rien de l’état des articulations, des nerfs ou des cartilages dans vingt ans. Le cartilage, peu vascularisé, ne pardonne pas les excès de zèle.

Conclusion pour le pratiquant durable

Pour la majorité d'entre nous, dont l'objectif est de se défendre, de progresser techniquement et de préserver son corps, le conditionnement utile doit rester simple :

  1. Exposition progressive (habituation).

  2. Contrôle du stress par la respiration.

  3. Maintien de la qualité du mouvement sous impact.

  4. Respect strict des signaux d’alerte.

Le reste appartient à l’histoire, à la tradition rituelle ou à la performance. Pour la pratique quotidienne, ne cherchez pas à fabriquer des corps invincibles, mais des esprits capables de rester lucides quand le combat s'intensifie. Pas besoin de se détruire pour se prouver quelque chose.

Rédigé par Bibi, mis en page et illustré par LeChat 


"Pour comprendre comment certaines traditions poussent ce contrôle du mental à l'extrême, lisez mon article sur le Tenaga Dalam et le Debus." Ici


jeudi 22 janvier 2026

Épisodes 11 & 12 – Le passage au cindai : quand l’arme oblige à repenser le cadre

 

Après dix séances structurées autour du bâton et des défenses à mains nues, les épisodes 11 et 12 ont marqué un changement important : le passage au cindai.
Écharpe, sarong à proprement parler, ou même tote bag improvisé, on entre ici dans le domaine des armes flexibles — et ce changement n’est pas anodin.

Car si l’outil change, la logique de travail doit évoluer elle aussi.


Cindai et self-défense : poser le cadre

Avant même de manipuler l’outil, un temps a été nécessaire pour définir les notions de self-défense et de légitime défense.

Le sarong a une particularité essentielle :
👉 il peut être porté.
Sous forme d’écharpe, il fait partie de l’environnement quotidien et peut donc, le cas échéant, devenir un outil de protection ou de neutralisation.

Cette réalité oblige à réfléchir :

  • à l’intention,

  • au contexte,

  • et à la proportion de la réponse.

Le cindai n’est pas un jouet, ni une arme “offensive” par nature. Il est un outil adaptable, dont l’usage dépend de la distance, de la menace et de la situation.


Un changement de paradigme

Avec le cindai, deux logiques coexistent :

  • Gérer la distance par le fouetté, en restant à l’extérieur ;

  • Entrer dans l’attaque, comme dans certaines défenses mains nues contre stick de Kali.

Cette dualité ouvre une nouvelle vision du combat pour les élèves, qui doivent accepter que ce qui fonctionnait avec une arme rigide doit parfois être ajusté, voire abandonné.


Épisode 11 – Prise en main et fondamentaux

La séance 11 est consacrée à la prise en main de l’outil.

  • Une main engagée jusqu’au poignet dans la boucle de l’écharpe pliée en deux ;

  • L’autre main tenant l’extrémité libre.

Travail en fouetté

Première phase : utilisation fouettée du sarong.
Les cibles sont progressives :

  • une main,

  • les deux mains,

  • une main avancée puis le genou.

Ce travail impose :

  • de réarmer correctement,

  • de changer les distances,

  • et d’accepter un tempo différent de celui du bâton.

Absorber ou repousser

Le cindai est ensuite utilisé pour :

  • absorber une attaque,

  • ou la repousser, selon la tension appliquée.

Les élèves découvrent que la souplesse de l’arme n’est pas une faiblesse, mais une caractéristique à exploiter.

Réponse à l’attaque en couronne

Sur une attaque en couronne :

  • on repousse l’attaque vers le haut,

  • on avance,

  • on ajuste la longueur du cindai,

  • capture de la tête par le dessus,

  • traction,

  • coup de genou direct.

Une séquence simple, efficace, et très parlante pour le groupe.


Épisode 12 – Contres sur angle 1

La séance 12 se concentre sur trois techniques de contre face à une attaque en angle 1 (circulaire descendant).

Technique 1 – Travail à distance

  • Décalage intérieur,

  • fouetté du cindai sur la main armée (angle 1),

  • retour en fouetté au corps (angle 4),

  • remontée en fouetté au visage.

Une chaîne fluide qui illustre parfaitement l’intérêt de l’arme flexible à distance.

Techniques 2 et 3 – Entrée et contrôle

Les deux techniques suivantes reposent sur une entrée franche :

  • entrée sur angle 1,

  • parade du bras armé avec le bras gauche,

  • percussion de la main droite,

  • passage du cindai par-dessus ou par-dessous,

  • saisie à une main,

  • étranglement contrôlé.

Le travail est volontairement soft :

  • il s’agit d’élèves de 5e,

  • l’étranglement est une situation inconfortable,

  • les risques sont explicitement évoqués et maîtrisés.

L’objectif n’est pas la domination, mais la compréhension du principe.


Bilan

Le passage au cindai n’est pas évident.
Il oblige à ajuster les distances, les timings et les intentions. Mais il enrichit considérablement la compréhension de la self-défense.

Les élèves découvrent :

  • qu’un objet du quotidien peut devenir un outil de protection,

  • que la distance n’est jamais figée,

  • et qu’il existe toujours plusieurs réponses possibles à une même attaque.

Un cap important est franchi, et une nouvelle lecture du combat commence à s’installer.

 

dimanche 11 janvier 2026

Épisode 10 – Mains nues, bâton et logique d’entrée : rester dedans malgré le froid

 Bonne année 2026! à vous!

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 La veille des vacances de fin d’année, la météo s’est montrée peu clémente : un temps à ne pas mettre un eskrimador dehors. Résultat, le cours a été annulé. Le dojo étant prioritairement attribué aux collègues d’EPS, l’AS Silat — n’étant pas un enseignement obligatoire — a dû s’effacer.

On se retrouve donc ce lundi 5 janvier, cette fois bien au chaud dans le dojo. L’ambiance extérieure est frisquette, le soleil pâlot et le vent un peu trop mordant : les demoiselles ont pris leurs aises à l’intérieur et n’ont aucune envie d’aller tester leur résilience climatique. Sage décision.


Thème du jour : défense mains nues contre bâton

(ou, pour rester dans un langage institutionnel parfaitement assumé) :

« Développement des capacités de coordination, de gestion de l’opposition et de contrôle articulaire dans un contexte d’agression simulée, à travers des situations motrices sécurisées de défense à mains nues face à un outil d’impact contondant. »

Après un rapide retour sur les angles 1 et 2, nous abordons une situation simple mais fondamentale : un armé contre un défenseur à mains nues. Très vite, sous la pression, les élèves comprennent une chose essentielle : reculer n’est pas la solution. Il faut entrer.


Technique 1 – Entrée sur angle 1

Première entrée sur angle 1, avec l’équivalent d’un palis… mais à mains nues.
On laisse passer le bâton (un léger contact sur la cuisse n’est pas dramatique : c’est un bâton, pas une lame), puis :

  • passage derrière,

  • appui des avant-bras sur les épaules,

  • recherche du menton,

  • bascule de la tête vers l’arrière pour l’amenée au sol.

Si nécessaire, on ajoute une percussion dans le creux poplité.
La technique passe très naturellement, sans appréhension. Les 7 élèves jouent le jeu avec sérieux et engagement.


Technique 2 – Entrée sur angle 2

Deuxième acte : travail sur angle 2.
On évite la première frappe en angle 1 (abaissement du buste ou retrait), puis on entre sur le retour du bâton :

  • palis extérieur,

  • saisie du poignet armé,

  • clé articulaire coude–épaule,

  • amenée au sol vers l’avant,

  • contrôle au sol.

Une séquence fluide, logique, qui met en évidence l’importance du timing et de la continuité de l’action.


Technique 3 – Variante offensive sur angle 1

Retour sur un angle 1 plus dynamique :

  • entrée en avançant jambe droite,

  • main gauche en contrôle du bras armé,

  • percussion de la main droite,

  • tranchant sur la nuque,

  • bras gauche levé, pression sur la nuque vers le bas.

L’adversaire pivote et chute sur le dos.
Finalisation par :

  • contrôle du bras,

  • clé de coude sur le genou gauche.


Bilan de séance

45 minutes qui passent très vite, et trois techniques globalement mémorisées.
On n’est pas encore dans la maîtrise — et c’est normal. Rappel de la règle des 3M :

  • Mimétisme

  • Mémorisation

  • Maîtrise

Nous sommes clairement entre les deux premiers stades… et c’est déjà très bien.


À suivre

Pour la semaine prochaine, le programme est déjà posé :
👉 séance avec écharpe (cindai / sarong) contre stick.
Un nouvel outil, de nouvelles contraintes, et toujours la même logique martiale : adaptation, contrôle et efficacité.